
Je me souviens de "l'annonce" un mercredi matin de février :"Vous avez un cancer. Vous voulez être suivie où ? "
Je me souviens de "la deuxième annonce" une fin d'après-midi du mois de mai, très tard... L'hôpital s'était vidé, on avait attendu plus de trois heures en salle d'attente, pour entendre "le protocole" qui allait déterminer ma vie pour des mois, voire des années. Assommée, épuisée depuis janvier, j'ai pleuré en m'accrochant à la main de mon mari, j'ai crié ..."Comment je vais faire ?...". La chirurgienne a répondu implacablement :" Vous ferez comme toutes les autres"... 1 femme sur 8 est touchée chaque année en France, et parmi elles, 3 sur 10 subissent une mastectomie...
Je me souviens de ce dimanche d'octobre à Poissy où la rencontre avec ces "autres" m'a donné la force de supporter. Merci à elles de s'engager pour nous autres, "au sein de notre différence".
Je me souviens d'un dossier énorme qu'on m'a donné "à lire seule tranquillement chez moi", adressé aux "patientes à fort taux de risque de récidive"... Proposition d'un traitement expérimental supplémentaire, sur 10 ans, avec ou sans placebo, et des tonnes d'effets secondaires encore à prévoir. J'ai refusé. Le protocole imposé sur 5 ans me suffit amplement.
Je me souviens des mains tendues inattendues de Zazounette, de Marie et d'Alain. Et de ces nouvelles correspondances qui me donnent de l'énergie, de la tendresse et du sourire au quotidien.
Je me souviens d'une femme très élégante cet été dans le hall de l'IGR. Je n'ai remarqué d'abord que sa belle robe et des chaussures rouges à talons très hauts. Et puis mon regard s'est heurté avec admiration à son crâne dénudé. Je me suis dit que jamais je ne pourrais assumer, moi. Et puis, de temps en temps à présent, je sors aussi, juste avec mon petit bonnet sur la tête...
Je me souviens de cette scène de cinéma évoquée par un correspondant , où un homme s'émeut tendrement lorsqu'une amazone se découvre à lui ;
ça me fait du bien aussi parfois de me faire mon petit cinéma ou d'imaginer que ma vie est un roman... Perdre le sens des réalités, et rêver que je suis belle.
Je me souviens de Michèle avec qui toute pudeur s'efface pour nous dévoiler nos secrets de femmes et partager nos astuces pour surmonter l'insupportable...
Je me souviens d'avoir été réduite vendredi dernier à un objet pur, entre les mains de techniciens radiologues et physiciens qui prenaient mes "mesures".
Je me souviens de ces mots, d'une des manipulatrices : "La chirurgie, la chimiothérapie, et la radiothérapie qu'on va vous faire, c'est pour augmenter vos chances de survie". Il y a des mots qui ne s'effaceront jamais de ma mémoire.
Je me souviens d'être arrivée, un matin ensoleillé de juillet, confiante et tout sourire, chez une psychologue imposée à l'hôpital, puis d'avoir versé de grosses larmes lorsqu'elle m'a dit qu'on n'était pas là "pour parler des petits oiseaux".

De 2012, je me souviens et je retiens ...
les petits oiseaux dans mon jardin, les rires avec les amies confidentes à l'heure du tea-time , les balades en vélo "chevelure" au vent cet été, les cours de gym adaptée, les liens tissés avec des femmes rencontrées en salle d'attente, les mails des collègues attentionnés,
et surtout, vos petits mots doux ,
ici ou "en privé",
chers amis du jour ou de la nuit,
fidèles à mon blog depuis 2007.
Rien n'a changé pour vous dans cette tendresse partagée, alors rien ne changera pour moi...Ou si peu...

Vivre au présent,
tourner une page du roman ,
et passer sereinement à 2013.

"Surtout se faire confiance.
Se pardonner, se parler gentiment,
prendre dans ses bras l'enfant qui est en nous."
http://celestinetroussecotte.blogspot.fr/

http://preventiondescancers.org/notre-demarche.html